Mercredi 22 juillet 2009 3 22 /07 /Juil /2009 18:13

Editorial du n° 56

Le Parti socialiste doit disparaître ». Ainsi parla Bernard Henri-Lévy, faisant écho au dirigeant Manuel Valls, pour qui « le mot socialisme, c'est un mot qui ne veut rien dire ». Depuis, c'est le déchaînement. Nombreux sont ceux qui s'accordent sur cette conclusion : ce parti doit disparaître.

Cela répond à une certaine logique. En démocratie, l'existence des partis politiques est supposée refléter de manière plus ou moins déformée les intérêts de classe contradictoires.

Qu'un parti porte le nom de « socialiste » (et un autre, celui de « communiste ») renvoie au mouvement historique par lequel la classe ouvrière a cherché à se constituer en classe, à travers ses organisations, syndicats et partis. Certes, les dirigeants de ces partis, lorsqu'ils furent au gouvernement (Mitterrand, puis la « gauche plurielle » de Jospin), acceptèrent de se plier aux injonctions de la classe capitaliste, privatisant et remettant en cause les droits ouvriers à tour de bras...

Mais, aujourd'hui, la classe capitaliste, le FMI, l'Union européenne exigent plus : il faut aller jusqu'au bout de la liquidation de ces partis, comme ce fut le cas en Italie. Car l'heure n'est plus à la démocratie, mais à la gouvernance ! Gouvernance mondiale, où Etats, FMI, Banque mondiale, mais aussi dirigeants des multinationales, dirigeants politiques de toutes tendances et responsables syndicaux devraient unir leurs efforts pour sauver l'économie capitaliste en décomposition. Gouvernance au plan national, où l'on exige des partis et des organisations syndicales qu'ils s'associent à toutes les contre-réformes du gouvernement, depuis l'application de la loi Bachelot jusqu'à la mise en place du contrat de transition professionnelle (CTP), ou encore aux contre-réformes dans l'enseignement.

De fait, les dirigeants qui acceptent d'accompagner ces politiques destructrices niant la lutte des classes ouvrent eux-mêmes la voie à la liquidation de leurs partis. Et pourtant... une dépêche de l'AFP titre, ce 15 juillet : « Face à la succession de plans sociaux, la radicalisation monte d'un cran. » Nul ne peut en douter : les conditions actuelles sont bien celles d'un aiguisement de la lutte de classe.

La classe ouvrière refuse de baisser la tête. Elle refuse de se soumettre passivement aux plans de liquidation des emplois, des droits, des garanties. Et c'est pourquoi, tout en s'abstenant massivement aux élections, elle n'a rien à gagner à la disparition de ces partis. Car une telle disparition ne servirait que les tenants de la gouvernance mondiale, partisans de l'intégration corporatiste.

A contre-courant, apparemment, Fabius vient de déclarer que Sarkozy pouvait être battu en 2012. Soit... Mais nous sommes en 2009... Ne faudrait-il pas, pour commencer, rompre, maintenant, tout de suite, avec la politique de Sarkozy ? Ne faudrait-il pas, non pas en 2012, mais maintenant, tout de suite forger l'unité pour bloquer la politique qui fait passer les plans de destruction d'emplois et veut contraindre les travailleurs et leurs organisations à les accompagner ?

Le mot « socialisme » n'a de sens que s'il se réapproprie son contenu social : celui de la défense de la classe des producteurs par les producteurs eux-mêmes. Laquelle, dans la situation dramatique que nous connaissons, se concentre sur la préservation de l'emploi et l'interdiction des licenciements.

Telle est, en tout cas, la raison qui a conduit le congrès de fondation du Parti ouvrier indépendant à inscrire fièrement dans sa devise : pour le socialisme, la République, la démocratie

 

Daniel GLUCKSTEIN
Par Edito - Publié dans : IO
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